Approches de la Vie Intérieure
Lanza del Vasto
1962
Du chemin de la conscience
UNE COMPAGNE: Vous dites souvent la Connaissance de Soi oou Conscience.
RÉPONSE: C’est le sens étymologique du mot. Con-scientia est là pour cum-scientia et cum signifie avec. Donc: science que l’on porte avec, avec soi, science intérieure, science de soi. On ne peut parler de la “conscience de soi” sans dire deux fois la même chose. Si nous avons conscience d’autre chose que de nous, c’est que cette chose est en nous et que la connaissance de nous-même y est impliquée. C’est le cas de la “conscience morale”.
LA COMPAGNE: Si la conscience est science de soi, comment puis-je dire: “Je ne suis pas ma conscience”? Car si je n’ai pas la connaissance de moi-même, je dois plutôt dire: “Ma conscience n’est pas”, mais si j’ai cette connaissance, puis-je encore nier que je sois consciente et même, d’une certaine manière, “conscience”?
RÉPONSE: Vous avez très finement décelé l’équivoque et la contradiction de la formule. Pour l’éviter nous pouvons dire: “Je ne suis pas ma pensée “ou” Je ne suis pas mon intelligence, ma sensibilité ni mon vouloir”, mais nous préférons y laisser l’équivoque et la contradiction pour indiquer l’état de cette conscience qui va et vient, et de moi-même qui suis sans être. Cette contradiction aussitôt découverte lui fournira sa ressource et son ressort.
Celui qui dit Moi se trouve au centre des perspectives du monde sensible, à la source de volontés, d’aetes, de pensées, pressé de divers sentiments, plongé dans le bourdonnement du sang et des sensations organiques.
Cet ensemble de sensations, de volitions, de passions et de notions constitue la conscience; celui qui dit Moi, parle d’elle et elle parle de lui.
Je pourrais, semble-t-il, en conclure que ma conscience c’est moi.
Mais un examen attentif du contenu de ma conscience infirmera déjà cette proposition, car je devrai reconnaître que cet objet singulier qui s’appelle Moi est, de tous ceux qui peuvent occuper ma connaissance, le plus obscur. Je ne peux ni le décrire, ni le définir, ni le distinguer. Je ne le perçois pas comme je perçois cette pierre. Je ne le conçois pas comme je conçois une pensée. Je ne peux le placer devant mes yeux, car il demeure derrière mes yeux; mes yeux ne peuvent le regarder puisque c’est lui qui regarde à travers mes yeux.
Je n’ai de moi-même qu’une aperception confuse, réfléchie et négative: confuse, parce que je ne me dégage pas du reste comme un objet distinct; réfléchie et négative, parce que je ne me saisis qu’indirectement, comme étant le contraire de tout ce que je saisis.
Mais encore, si je croyais être ma conscience, cette illusion serait définitivement renversée par l’expérience du sommeil.
Car, dès que je m’endors, ma conscience sombre et s’efface, alors que mon être n’est ni annulé ni altéré; il va même sortir du sommeil, régénéré.
Il semble même que c’est dans le sommeil que le moi trouve son intégrité, sa pureté, sa paix, tandis que dans la veille il se heurte à ce qui est autre ou s’y mélange, et se complique d’artifices, de fictions et de feintes.
Est-ce à dire que le vrai moi, c’est l’inconscience?
Il n’y a qu’un moi; conscience et inconscience passent l’un dans l’autre et sont des degrés différents d’éclairage.
L’éclairage plaque des reflets sur la surface; il couvre plutôt qu’il ne montre la nature de l’eau et le fond.
Quelles que soient l’intensité de l’éclairage et l’étendue de la surface éclairée, la profondeur de l’eau reste invisible et insondable.
Nous appelons science, la lumière qui forme les reflets; conscience, la lumière réfractée qui révèle la couleur et la substance de l’eau. Et moi je suis le fond.
Je ne suis ni mon intelligence des reflets de surface, ni ma conscience des profondeurs intermédiaires (rêves, impulsions, instincts, complexes). Je suis le fond pur et simple.
Il va de soi que, si le fond est tout à fait obscur et inconnu, alors je me trouve divisé d’avec moi-même; alors mon propre moi m’est étranger et inconnu, mon intelligence sans vérité, ma conscience sans unité et sans fondement. Ce paradoxal état est celui de tout homme. Le Péché nous a tous mis dans cet état. La conversion et l’illumination peuvent nous en tirer.
La conversion et l’illumination amènent la connaissance intérieure du fond. Non seulement une lumière appliquée, mais une lumière du dedans, une fusion de la lumière avec le fond.
La lumière, en pénétrant ce fond, ne le montre pas seulement tel quel, mais encore le forme, le transforme, le purifie, le vivifie, le fait passer de l’état latent et larvaire à la vie de la Grâce. Elle en fait “un esprit de vie”.
Il est dit d’Adam dans la [1re] Epître aux Corinthiens (15, 45) qu’il est “une âme vivante”. Et du Christ, qu’il est “un esprit vivifiant”.
Mais nous, nous sommes plutôt des âmes errantes, ombres de vie et fantômes vivants. Cependant, cette inconsistance, ce flottement, qui sont le risque perpétuel de la perdition, peuvent nous offrir une chance de liberté.
Le risque se change en liberté dès que se fait jour la conscience de notre condition de chute et de notre obscurité. L’Evangile enseigne: “Connaissez la Vérité, et elle vous délivrera” (Jean, 8, 32).
Elle nous ouvrira l’issue et nous montrera le chemin dont la première étape sera de nous faire retrouver le degré d’âme vivante, l’intégrité naturelle animale et humaine, la dignité adamique et à la fin, l’Esprit vivifiant aidant, la gloire d’habitant de la Vie Eternelle¹.
De même que l’homme ne peut être sauvé s’il ne se reconnaît pas en état de péché et de réprobation, et cela non pas en raison de ses défaillances personnelles, mais en ant qu’Homme, en tant qu’être double et placé en porte à faux dans l’univers, de même il doit reconnaître son ignorance et son erreur pour accéder au baptême de la Lumière et à la Vie intérieure.
UN COMPAGNON: Jean-Baptiste annonce: “Je vous baptise d’eau, mais il vous baptisera de feu et d’esprit.” Comment, par rapport à ces trois baptêmes, situer le baptême de Lumière dont vous parlez?
RÉPONSE: L’Eau reflète la lumière, le Feu donne la lumière en même temps que la mort dans le sacrifice, l’Esprit est la lumière de la vie.
UN AUTRE COMPAGNON: Si le “Baptême du Feu”, c’est le martyre, la charité allant jusqu’à la mort, je comprends mieux encore que pour le “Baptême de Pénitence” comment il purifie; mais j’ai peine à croire qu’une simple connaissance puisse opérer en nous les mêmes transformations.
RÉPONSE: Il ne s’agit pas du tout d’une simple connaissance, d’une notion et d’une formule correcte, mais il s’agit d’une Connaissance Simple, connaissance unique en son genre et s’appliquant à un objet unique qui est le Moi, qui est l’Un.
La connaissance, à ce point, est sommet de l’esprit et vertu, l’erreur, faute et chute et qui comporte son châtiment.
Car toute autre erreur n’affecte pas l’objet sur lequel elle porte, qui reste tel quel quand nous nous trompons sur lui; et si l’idée que nous nous en faisons en diffère, c’est tant pis pour nous qui, de ce fait, n’aurons aucune prise sur lui. Il n’en est pas ainsi de l’erreur que nous faisons sur nous-mêmes, puisqu’ici l’objet et le connaisseur sont le même. Tant que l’objet que nous sommes nous-même demeure l’inconnu, l’oublié, alors que notre connaissance se disperse en s’occupant de mille autres choses, il se morfond dans les ténèbres; mais dès que la conscience pénètre en lui, il trouve lumière et plénitude, c’est une seconde naissance et une vie nouvelle.
Celui qui ne connaît, en ce monde, que le bien de son âme, que rien ni personne ne peut lui ravir parce que c’est lui-même, et qu’il le sait, celui-là se trouve à l’abri de toute souillure, car le péché ne se présente plus à lui comme une tentation, mais bien comme une absurdité. La vérité qui est en lui n’est pas une vérité reçue, apprise, une vérité passive, mais elle se traduit nécessairement dans tous ses actes. Cette vérité, il la fait être en agissant, et elle le fait.
Comme de juste, l’erreur correspondante a le même caractère actif qui la rend une avec le Péché. A force d’y croire, on la réalise de manière conrète, et cette réalité est le châtiment qu’elle comporte.
UNE COMPAGNE: Vous nous avez, avec une simplicité terrible, montré le destin de celui qui se prend pour son corps, qui est d’aller “sous terre”. Aussi le destin de celui qui se prend pour son personnage et vit de vanité, qui est d’aller au néant. Mais quel mal peut arriver à celui qui se prend pour sa conscience, même alors qu’il s’y trompe?
RÉPONSE: Si nous nous sommes pris pour notre conscience, nous irons où va la lueur de la chandelle qu’on a soufflée.
LA COMPAGNE: Est-ce à dire que la conscience ne prendrait point part à la vie éternelle?
RÉPONSE: Notre conscience ne subsiste au-delà de la mort que si elle est conjointe avec notre être. Alors seulement, elle devient esprit. C’est ici l’utilité des actes dans la vie spirituelle: l’action effectue la conjonction de la conscience avec l’être.
UN COMPAGNON: Est-il possible dans cette vie d’atteindre un état où la conscience du corps et du personnage soit abolie une fois pour toutes?
RÉPONSE: Oui, dans l’extase, mais ce sont des crises plutôt que des états. A dire vrai, l’erreur originelle ne s’efface jamais “une fois pour toutes”. Il en est d’elle et des limites du corps et de la personne comme de la ligne de l’horizon. Nous savons tous que l’horizon n’est pas un cercle de fer ni de verre, que là où nous le voyons il n’y a rien, et cependant nous continuons de le voir.
Ainsi même les bienheureux perçoivent la souffrance du corps et du cœur déchirés sans que leur joie profonde leur soit ravie, comme on pleure au théâtre avec délice, comme on se réjouit dans le sacrifice accepté par amour.
UN AUTRE COMPAGNON: Quel rapport de sens doit-on mettre entre la personne telle que votre exposé la montre et les Personnes de la Trinité?
RÉPONSE: Il faut y voir toute la distance qui sépare de Dieu l’homme et le monde. Nous appelons personne, ou, plus précisément personnage, la représentation passablement fallacieuse que les hommes se donnent les uns aux autres, jeu auquel ils se prennent eux-mêmes et se perdent. Tandis qu’au sens théologique, le mot Personne traduit Hypostase qui signifie subsistance. Car dans la parfaite égalité, le parfait amour, la parfaite connaissance que les Personnes Divines ont l’une de l’autre, la substance et la représentation sont en fait identiques. On ne peut jamais parler d’hypostase sur le plan humain, mais on peut, transposant, user du mot personne dans un sens analogue: la personne serait le degré de conscience que l’homme a pris de lui-même, l’unité spirituelle qu’il a atteinte. Dans ce sens, l’identification de la personne avec le Soi devient, en effet, possible, et s’offre comme une issue à l’Erreur Originelle.
Mais ce que nous allons disant à ce propos me rappelle le remarquable petit ouvrage de Rose Oldenbourg intitulé: Moi, Image de Dieu. Je vais en reprendre le thème à ma manière. Je dis bien à ma manière, car, d’une part, je n’ai de cette lecture qu’un souvenir lointain, d’autre part, il me semble que l’auteur dans sa recherche des vestiges de Dieu imprimés dans la nature profonde du Moi, n’ait pas tenu un compte suffisant de l’état incomplet et de la fausse connaissance du Moi chez l’homme non sanctifié.
En vérité, nous connaissons deux Moi: un Moi qui dit Moi, qui agit et parle à l’état d’éveil, un Moi “conscient et personnel”, et un Moi substantiel et caché, mais dont l’existence demeure assurée, ne fût-ce que par l’expérience du sommeil.
Trouble et intermittent le rapport entre les deux, car le Moi conscient et personnel ne prend conscience de soi que par rapport aux objets extérieurs et de sa personne que par rapport aux autres personnes. Il demeure inconscient du vrai Moi, ou Ame, de cela qui subsiste identique à soi-même dans le sommeil sans rêve (et sans doute aussi dans la mort corporelle).
Or, tant qu’il reste inconscient de l’essentiel, la substance lui manque, et l’on doit appeler ce Moi non personne mais personnage: et sa conscience est illusoire.
Si, par conscience, on entend science de soi-même, il faut remarquer que la notion que nous avons de nous-même est purement négative: nous sommes quelque chose qui s’oppose à tout le reste: et de toutes choses, nous pouvons avoir expérience sensible et connaissance logique, mais non de nous, puisque tous nos sens, tous nos désirs, toute notre intelligence sont orientés vers le dehors.
Tandis que les profondeurs de l’inconscient se présentent comme un redoutable repaire de monstres, comme un abîme sur lequel il est dangereux de se pencher, si toutefois cela nous est possible.
La voilà donc l’image du Père et du Fils dans le bourbier humain.
Car le Moi conscient et personnel est bien le fils de l’autre Moi, de l’obscur et primitif, et il va rentrer dans le sein de son père, il y rentre toutes les nuits.
Mais il n’en est pas seulement distinct comme le Fils divin du Père, il en est séparé. Il l’oublie involontairement et il s’en détourne volontairement. Il lui tourne le dos chaque fois qu’il court à ses plaisirs et à ses affaires. Cela de par ce que les Hindous appelent “l’Ignorance” et les Chrétiens le “Péché Originel”.
Le père, séparé du fils et privé d’expression et de lumière, croupit dans son trou d’ombre et devient le Démon. Le fils, privé de sa raison d’être, devient le jouet de l’illusion et de la vanité. Il voltige au gré des circonstances comme la feuille morte au gré des vents contraires.
De temps en temps, le Vaniteux s’effare de son inconsistance, se prend de vertige, et dit “Tout est inutile. Il n’y a pas de Dieu.” De temps en temps, l’Obscur s’irrite, va secouer le Vaniteux, souffle sur lui la folie ou le crime, ou pour le moins le cauchemar et les mauvaises pensées.
Le fils fait tout ce qu’il peut pour oublier le père et pour le fuir, et c’est pourquoi il s’attache avec acharnement aux objets extérieurs et à toutes les distractions et s’accroche à ses semblables futiles et flottants comme lui. Mais ses affaires, les incessantes nécessités de son métier, ses multiples devoirs sont le plus fort rempart qu’il puisse dresser entre lui et lui-même, sa protection et son soutien contre la vérité.
Le père fait tout ce qu’il peut pour attirer à soi l’attention du distrait. Il le tiraille, l’empêche et le fait trébucher. Les pièges de la tentation ne sont le plus souvent que des rappels mal entendus de la vie intérieure, l’effort des puissances de l’âme pour obtenir la conversion de l’infidèle, ou leur vengeance de ne l’avoir pas obtenue.
La Conversion commence quand l’homme se détache des choses et des gens pour se tourner vers son propre côté d’ombre et sa propre substance, vers son âme pour y porter la lumière de l’intelligence, la force de l’attention, la chaleur de la vie et de l’amour.
Cet amour et cette pénétration volontaire et consciente de la substance est bien l’image de la Relation substantielle du Père au Fils et du Fils au Père dans l’Esprit-Saint.
Aussi ne peut-on parler d’esprit et de vie spirituelle que chez l’homme converti. Chez les autres, on peut parler d’intelligence et de vie intellectuelle, mais non d’esprit. L’intelligence peut s’exercer dans le champ illimité du monde extérieur qui est devant elle, mais pour avoir la moindre prise sur sa propre substance et unité intérieure qui est le moi, il faut qu’elle se retourne et qu’elle se convertisse.
Tant que l’esprit n’a point paru, l’homme demeure double, douteux et déchiré. Mais quand le troisième élément est devenu “dominant et vivifiant”, c’est ce troisème élément, l’esprit, qui unifie.
Quand le fils s’unit au père, le père délivre le fils et le fils le père. Le fils délivre le père de la réclusion et des ténèbres en lui apportant l’air du dehors et le père délivre le fils de ses liens avec le monde, de l’enchaînement, des entraînements, du hasard, de la force des choses.
C’est chez le converti seulement qu’on peut parler d’acte libre. Les autres n’agissent pas: ils réagissent. Leurs actes ont leur cause en dehors d’eux dans le monde. Libre seul celui qui prend conseil du père au-dedans de lui-même et devient ainsi la cause de ses propres actions.
Créer ou plutôt recréer en soi le lien de connaissance et d’amour, c’est proprement “devenir Fils de Dieu” (Jean, 1, 12) car être fils c’est ressembler.
Il est écrit que l’homme a été crée par Dieu à son image et ressemblance. Par le péché, la ressemblance s’est perdue, l’image s’est brisée en deux et renversée.
Mais par la Conversion qui est le renversement du renversement et par l’Unification, la ressemblance peut être restaurée et restituée.
Saint Paul dit: “Je vois à présent en énigme et comme dans un miroir.”
Je vois une trace de Dieu dans toutes ses créatures, mais ces créatures, je ne les perçois qu’en partie et du dehors, c’est pourquoi elles se présentent comme des signes énigmatiques qui me laissent dans le trouble et le doute.
Mais c’est en moi que je vois Dieu “comme dans un miroir”. C’est grâce à la Ressemblance que je le vois, dans la mesure où je me fais semblable à Celui-qui-Lui-ressemble-parfaitement.
UN AUTRE: Il semble résulter de tout ce qui vient d’être dit, que le plus haut achèvement soit la Connaissance. Mais l’Eglise après saint Paul, enseigne que c’est la Charité. L’opposition est-elle inconciliable?
RÉPONSE: Rien n’est plus contraire à la religion que de les opposer. Elles doivent être menées de front et il est vain de se demander laquelle est la première. Il s’y ajoute même une troisième perfection égale et conjointe aux deux autres: la Pureté. Il est possible, ef fait, de les séparer et de n’en cultiver qu’une aux dépens des deux autres, c’est ainsi qu’on en arrive, laborieusement, aux pires aberrations.
La Charité, c’est la reconnaissance de soi en l’autre. On ne peut avoir conscience de cette profonde correspondance si l’on n’a pas saisi sa propre essence au plus profond de soi. La condition de la charité est donc la connaissance de soi-même, et l’accomplissement de la charité c’est la reconnaissance de soi-même dans l’autre. Si l’on confond charité avec pitié, miséricorde, bienveillance, bienfaisance ou tout autre sentiment humain et naturel, on ne peut comprendre en quoi elle est une vertu théologale. Une vertu et non un sentiment, théologale, c’est-à-dire découlant de la connaissance de Dieu qui est l’Un, qui est le Soi en Soi. Et l’on ne comprend plus l’admirable page de saint Paul (I Cor., 13) à laquelle vous faites sans doute allusion, ni pourquoi il y parle de la science et de la prophétie comme dons “incomplets”, de ce monde où nous connaissons “dans un miroir et par énigmes”, tandis que pour accéder à la Charité “qui seule ne passera pas”, il faut, ayant atteint l’âge d’homme, “se vider de ce qui était de l’enfant”. “Maintenant je connais en partie, mais demain je connaîtrai comme je suis connu”; mais tout cela devient clair si nous comprenous que la science et la prophétie sont de maladroites approches de la Connaissance et pour ainsi dire des enfantillages, tandis que la Charité, c’est la Connaissance Accomplie.
UN THÉOLOGIEN: Vous dites: créer en soi le lien de connaissance et d’amour, c’est proprement redevenir Fils de Dieu. Ce n’est pas faux, mais pourquoi parlez-vous comme si l’homme faisait son salut par lui-même et ne devait compter que sur ses propres forces, alors que c’est la Grâce qui fait tout, puisqu’il est écrit: “Sans moi vous ne pouvez rien faire”?
RÉPONSE: Il est vrai que la Grâce fait tout, puisqu’elle a commencé par nous faire. Il est vrai aussi qu’elle ne fait rien sans notre consentement et notre collaboration. Dieu seul sait, dans l’œuvre qui en résulte, la part de la Grâce et celle du mérite et de la volonté, comme en l’enfant la part de la mère et celle du père. Les discussions se sont accumulées dans les siècles autour de ces secrets de Dieu, que nous n’allons pas rallumer, et les erreurs aussi, qui s’appellent Pélagisme. Jansénisme, Quiétisme… selon qu’on exclut la part divine ou la part humaine de la question. A notre manière habituelle, nous n’excluons rien, mais insistons sur la part humaine qui est de notre ressort.
¹ “La Vie Éternelle c’est ceci: qu’ils Te connaissent Toi le seul Dieu Vrai et celui que Tu as envoyé Jésus-Christ” (Jean, 17, 3).